En 2020, l'État a ouvert un robinet. 144 milliards d'euros de prêts garantis sur 680 000 entreprises. En 2026, ce robinet se ferme. Ce qu'il y a derrière, personne ne veut vraiment regarder.
Le dispositif a fonctionné. Les défaillances s'effondrent en 2021 : 26 330 procédures ouvertes, contre une moyenne décennale de 47 093 selon nos données FailliteTracker. On s'est félicité. On a parlé du « quoi qu'il en coûte » comme d'un succès. Ce que le discours politique n'a pas dit, c'est qu'on avait surtout décalé l'horloge.
12 mois glissants
Avril 2026
Depuis le
1er janv. 2026
menacés
2026 YTD
restant dû
au 31/12/2025
Le mécanisme est simple. Ses effets, beaucoup moins.
Un PGE, c'est un prêt bancaire classique avec une particularité majeure : l'État garantit entre 70 et 90 % du capital en cas de défaillance de l'emprunteur. La banque est protégée. L'entreprise, elle, reste redevable de l'intégralité de la dette, y compris envers l'État si celui-ci se substitue au prêteur.
Les PGE ont été souscrits avec un différé d'un an minimum. Plus des deux tiers des entreprises ont choisi d'étaler au maximum. Décision rationnelle à l'époque des taux bas. Concentration systémique aujourd'hui : les PGE à six ans souscrits mi-2020 avec deux ans de différé arrivent massivement à terme entre juin et septembre 2026.
Qu'est-ce qui se passe quand une entreprise ne peut plus payer ?
La séquence est précise. Elle est mécanique. Et elle est mal connue des dirigeants qui la subissent.
Échéance PGE non honorée
L'entreprise ne peut pas régler son échéance. Elle reste juridiquement à jour, le défaut n'est pas encore constitué. C'est encore le moment d'anticiper.
Mise en demeure
La banque envoie une mise en demeure formelle. C'est le dernier moment pour négocier un rééchelonnement via la Médiation du crédit, accord de place reconduit jusqu'à fin 2026, allongement possible jusqu'à 10 ans sous conditions strictes.
Fenêtre de négociation amiableDéchéance du terme
Si aucun accord n'est trouvé, la banque prononce la déchéance du terme. L'intégralité du capital restant dû devient immédiatement exigible. Une TPE qui gérait 800 EUR/mois doit soudainement 45 000 EUR.
Basculement en cessation de paiementsDéclaration au tribunal dans les 45 jours
Dès la cessation de paiements constatée, le dirigeant a 45 jours pour déclarer la situation au tribunal de commerce. Passé ce délai : faute de gestion, engagement de la responsabilité personnelle, même si une caution personnelle n'a pas été donnée sur le PGE.
Délai souvent ignoré, risque personnel élevéOuverture de procédure collective
Le tribunal prononce la sauvegarde, le redressement judiciaire ou la liquidation judiciaire directe. Selon les données FailliteTracker, plus de 75 % des cas aboutissent à une liquidation.
Où en sommes-nous au 12 avril 2026 ?
Les données FailliteTracker au 12 avril sont sans ambiguïté. Sur 12 mois glissants : 60 926 procédures collectives, soit 29 % au-dessus de la moyenne décennale de 47 093. Depuis le 1er janvier, 18 257 jugements d'ouverture ont déjà été prononcés. La construction concentre près d'un tiers des procédures, le commerce plus d'un cinquième.
Emplois menacés : la séquence depuis le creux de 2021
| Année | Procédures ouvertes | Emplois directs menacés |
|---|---|---|
| 2021 | 26 330 | 93 330 |
| 2022 | 39 640 | 241 701 |
| 2023 | 54 305 | 475 377 |
| 2024 | 64 219 | 274 560 |
| 2026 YTD | 18 257 | 77 665 |
Ce que les données comportementales montrent avant le tribunal
Un dépôt de bilan n'est pas un événement. C'est l'aboutissement d'une séquence qui dure de six à dix-huit mois. Elle laisse des traces lisibles dans les données publiques bien avant l'ouverture de procédure : retards dans le dépôt des comptes annuels, dettes sociales qui s'accumulent, changements de dirigeants successifs, modifications statutaires en série, adresse de domiciliation qui remplace un siège réel.
Ces signaux existent. Ils sont accessibles. Mais ils ne deviennent exploitables que si quelqu'un les structure, les croise et les surveille en continu. C'est précisément ce que fait FailliteTracker : non pas enregistrer les défaillances après le jugement, mais détecter les trajectoires de fragilisation avant qu'elles n'atteignent le tribunal.
L'été 2026 comme révélateur
Ce n'est pas de l'alarmisme. C'est de la mécanique. Les PGE à cinq ans, contractés en 2020, arrivent à échéance. Les TPE, qui ont porté 27,4 milliards d'euros de cette dette, sont les plus exposées. Les banques sont aujourd'hui beaucoup moins enclines aux renégociations qu'en 2020. L'accord de place sur les rééchelonnements expire lui-même fin décembre 2026.
L'été 2026 sera révélateur. Pas parce que les PGE arrivent à terme, ça, tout le monde le sait. Mais parce qu'on verra quels acteurs avaient construit l'infrastructure pour anticiper, et quels acteurs découvriront les défaillances trop tard.
Le PGE a sauvé des centaines de milliers d'entreprises en 2020. Il arrive à son terme en 2026 dans un contexte structurellement défavorable : marges comprimées, taux durablement élevés, délais de paiement qui s'allongent.
La séquence est mécanique : échéance impayée -> mise en demeure -> déchéance du terme -> cessation de paiements -> tribunal. Chaque étape raccourcit la marge de manœuvre.
Les données FailliteTracker au 12 avril 2026 font ressortir 18 257 jugements depuis le 1er janvier, 60 926 procédures sur 12 mois glissants et 77 665 emplois directs menacés. L'été sera le vrai test.