La MEL n'est pas Lyon. Ni Bordeaux. Ni Nantes.
Depuis 2022, pendant que la plupart des grandes métropoles françaises franchissent leurs plus hauts historiques de défaillances, Lille résiste. Pas spectaculairement - mais les chiffres sont là.
C'est précisément ça qui est intéressant à analyser.
Le rattrapage post-COVID : moins brutal qu'ailleurs
La courbe lilloise suit la même forme qu'au national : creux artificiel en 2020-2021, reprise à partir de 2022. Mais l'accélération est moins violente. Le territoire n'a pas connu l'explosion brutale qu'on observe sur d'autres EPCI comparables en taille. Les chiffres bruts le confirment :

| Année | Faillites |
| 2021 | 479 |
| 2022 | 895 |
| 2023 | 1 150 |
| 2024 | 1 168 |
| 2025 | 1 166 |
| 2026 | 288 |
479 défaillances en 2021, puis 895 en 2022, 1 150 en 2023, 1 168 en 2024, 1 166 en 2025 et 288 sur les premières semaines de 2026 (données arrêtées au 23 mars). La remontée post-COVID a plateaué : 2023, 2024 et 2025 se tiennent dans un couloir serré autour de 1 150–1 170 cas, loin de l'explosion observée sur d'autres territoires comparables.

Pourquoi ? Probablement une combinaison de facteurs structurels : tissu de TPE/PME moins exposé aux secteurs les plus sinistrés (tech, immobilier premium, restauration haut-de-gamme), une économie moins dépendante des cycles de financement spéculatif, et une base industrielle qui, sans être glorieuse, absorbe mieux les chocs.
Ce que ça ne veut pas dire
Que la MEL est à l'abri.
La répartition sectorielle reste classique : construction, commerce, services. Ce sont les trois secteurs les plus sensibles aux hausses de coûts et à la compression des marges. Sur 10 ans, le commerce concentre 23,97 % des faillites (220 cas), devant la construction à 20,59 % (189 cas), l'hôtellerie-restauration à 16,99 % (156 cas) et les entreprises de services à 12,31 % (113 cas). Et l'analyse hebdomadaire des courbes cumulées montre que depuis 2023, les premières semaines de l'année montent plus vite que les années de référence - y compris sur Lille.

Autrement dit : les tensions arrivent plus tôt dans l'exercice. Les entreprises tiennent moins longtemps avant rupture de trésorerie.
Le vrai angle : la comparaison inter-territoriale
Ce qui rend l'analyse de la MEL utile, c'est moins ce qu'elle révèle en valeur absolue que ce qu'elle dit en relatif.
Quand Lyon fait +23% sur ses niveaux historiques et que Lille reste en dessous, ça pose une question concrète pour un assureur crédit, un factor ou un directeur financier : est-ce que mon exposition sur ce territoire est correctement pricée ? Est-ce que je me suis aligné sur un risque national alors que le risque local est différent ?
C'est là que l'analyse territoriale fine cesse d'être académique.
2026 : l'angle mort qui arrive
Peu importe la trajectoire de la MEL, elle va subir le même choc informationnel que toutes les métropoles françaises : la suppression progressive de la publicité des privilèges URSSAF dans le cadre du LFSS 2026.
Un des rares signaux avancés de tension sociale, avant qu'une entreprise ne bascule en procédure, va disparaître des radars publics. Pour mémoire, la structure des procédures collectives sur la MEL ces dernières années : en 2024, 857 liquidations judiciaires, 308 redressements, 25 sauvegardes ; en 2025, 877 LJ, 265 RJ, 24 SJ ; et sur les premières semaines de 2026, déjà 220 LJ, 59 RJ, 9 SJ. La liquidation directe reste dominante à plus de 75 % des cas, signe que peu d'entreprises arrivent à la procédure avec encore de la marge de manœuvre.

Sur un territoire qui tient bien, ça ne change pas grand chose aujourd'hui. Sur un territoire qui commence à se dégrader, ça peut faire la différence entre détecter le problème à J-180 ou à J-30.
Ce que ça change dans la pratique
Les acteurs qui travaillent à l'échelle territoriale (banques régionales, assureurs, fournisseurs B2B avec des portefeuilles concentrés géographiquement) ont besoin d'une lecture locale, pas d'une extrapolation nationale.
La MEL est un bon cas d'école justement parce qu'elle casse le discours ambiant. Tout n'augmente pas partout de la même façon. Et c'est exactement pour ça que l'agrégat national est un mauvais outil de pilotage.